Ils ont fui la misère, la guerre parfois, souvent seuls, et ont décidé de rejoindre la France pour y construire un avenir meilleur. Portraits d’élèves un peu particulier, les « allophones ».

Ils ont quitté leur pays, leurs familles parfois, pour rejoindre la France. Des mineurs expatriés, isolés, qui ont intégré l’unité pédagogique pour élèves allophones arrivants (UPE2A), basée au lycée Blaise-Pascal, à Forbach. Des parcours différents, mais des destins qui les lient.
Des villes-cimetières…

Le passage a souvent été difficile, comme celui de Leonard, jeune Albanais qui a quitté sa famille à 17 ans pour fuir « la pauvreté, la corruption ». Pour lui, « les villes en Albanie, c’est un peu comme des cimetières en France… » Etrange image, qui révèle moins de chose sur la souffrance du jeune homme que sur son caractère, plutôt affirmé. Il contacte d’abord un routier albanais. « Il connaissait ma famille » et devait surtout embarquer sur un bateau avec son semi-remorque pour rejoindre l’Italie, à partir du port de Durrës. « Je suis resté caché sous le camion, jusqu’à ce qu’il embarque sur le bateau. » Direction Bari. Leonard parvient à rejoindre Naples, puis Milan. « Je me suis débrouillé seul. Si on avait été plusieurs, on se serait fait remarquer… J’ai pris un train de nuit pour aller à Paris. J’ai eu de la chance, le contrôleur ne m’a demandé que mon ticket, pas mes papiers… » Car en tant que mineur étranger, il aurait été immédiatement arrêté. Via Facebook, il savait que d’autres jeunes Albanais s’étaient rendus à Metz et décide donc de choisir la Lorraine pour « essayer de commencer une nouvelle vie ».
La douleur de l’éloignement

Atikur a lui aussi quitté sa famille à l’âge de 17 ans et la souffrance est encore palpable. Son pays, le Bengladesh, subit à la fois des troubles politiques, économiques, mais aussi climatiques… C’est sa mère qui a « arrangé » son départ, via des passeurs. Il décolle d’abord vers la Lybie avec une trentaine de jeunes clandestins comme lui. « Je suis resté une semaine là-bas, mais c’était dangereux… » Grâce à des contacts dans différents aéroports, « une sorte de mafia », et moyennant évidemment finances, il parvient à rejoindre l’Italie. « On ne peut ni travailler, ni aller à l’école… » Voilà donc Atikur sur le départ pour la France, et Metz. Un chemin long, difficile, et la solitude, l’éloignement, qui pèsent.

Même constat pour Daniela. Plus de 10 000 km la séparent de sa famille. Elle est Péruvienne et a débarqué il y a quelques mois seulement. Dans son pays, l’éducation des filles n’est pas prioritaire, parce que trop onéreuse… Il y a aussi des inégalités dans les accès aux soins. Sa mère décide donc de l’envoyer en France, « pour me donner l’opportunité d’avoir une meilleure vie ». Et parce que la famille a quelques liens avec le pays.
D’un pays à l’autre

Erblina a un parcours un peu différent. La jeune Kosovare de 18 ans a fui son pays avec sa famille, ses parents, son frère de 12 ans et sa sœur de 16 ans. Ils ont rejoint la Serbie, puis la Hongrie. « Nous étions 19 dans une voiture… » Ils passent par différents camps de réfugiés, jusqu’à ce que la police les chasse. La famille se retrouve en Allemagne, pour un « répit » de huit mois, sans perspective d’avenir. Pas plus aux Pays-Bas, où ils passent 10 mois, avant d’être « priés » de partir… La France est alors devenue la nouvelle terre d’accueil de cette jeune fille qui par la force des choses a développé certaines compétences linguistiques. Erblina parle en effet le turc, l’anglais, l’allemand, le hollandais et évidemment le français… Avec ses camarades, elle partage le rêve de pouvoir se construire un avenir, et se donnent, forcément plus que d’autres, les moyens d’y parvenir.

L’unité pédagogique pour élèves allophones créée au sein du lycée Blaise-Pascal accueille une quinzaine de ces élèves. Suivant leurs projets, ils intègrent différents établissements du bassin houiller. « Ils sont particulièrement motivés et ont tous de très bons résultats scolaires qui ont permis une intégration rapide dans une classe dite ordinaire », explique le coordinateur UPE2A, Omar Kaced.

 

Source : https://c.republicain-lorrain.fr/edition-de-forbach/2018/04/13/forbach-en-quete-d-une-nouvelle-vie-fgti